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Dossier
#11
RÉSUMÉ > Les 18-25 ans sont de plus en plus nombreux à apprécier sa tranquillité, mais restent largement absents de la vie de quartier. Beaucoup semblent y vivre comme dans une simple cité-dortoir.

« Je me suis aventurée une fois dans le quartier Sud-gare, mais j’ai rapidement fait demi-tour », s’amuse Marianne, 25 ans, étudiante en santé publique à Rennes 2. La jeune femme habite aux Estudines, juste derrière la gare, mais ne cache pas son aversion pour un quartier qu’elle avoue cependant méconnaître. Cela s’explique sans doute par le manque de commerces : « Il ne semble pas y avoir de boutiques de ce côté, et puis ça ne me viendrait pas à l’idée d’y faire mes courses. Quand j’ai besoin de quelque chose, je me rends dans le centre-ville ou aux Trois Soleils. »
Malgré la surreprésentation des personnes âgées de plus de 65 ans (17,9 % des habitants de ce quartier contre 13,3 % à Rennes), les 18-25 ans sont en augmentation entre 1999 et 2006, selon l’enquête Insee de 2006. Gaëlle Deguillard, agent immobilier au cabinet Kermarrec, situé Sud-gare, explique : « C’est un secteur peu prisé pour la location, et qui est donc relativement moins cher que le centre-ville de Rennes. C’est pour cette raison que nous orientons souvent les jeunes, qui ont un petit budget, vers ce quartier. Il est proche du centre-ville, bien desservi par les lignes de métro et de bus, ce qui constitue un critère décisif. » Un constat partagé par Sylvie Touboulic, responsable des Estudines : « Nous proposons 165 logements étudiants à la location. La résidence est proche du centre Colombia et accolée à la gare, ce qui nous permet d’attirer des étudiants de tous horizons. »

La quiétude apparaît comme un argument supplémentaire retenu par les jeunes habitants du quartier. Xavier Arhan, 22 ans, étudiant en deuxième année de mathématiques à l’antenne rennaise de l’Ecole normale Supérieure de Cachan, habite depuis six mois en colocation, à proximité du métro Jacques-Cartier, dans ce qu’il appelle « le quartier de la gare ». Il ne changerait de secteur pour rien au monde : « J’aime sa tranquillité. J’ai vécu pendant un an près de la « rue de la Soif ». Et puis cet appartement est génial. Pour 1 000 euros, nous nous partageons à trois une surface de 110 m2. » Il avoue, cependant, ne jamais fréquenter le quartier. Lorsqu’il sort, c’est en centre-ville, et ses courses, il les fait aux Trois Soleils.
« Il n’y a pas de commerces à proximité de chez moi, déplore-t-il. Lorsque je veux acheter du pain, je suis contraint de me rendre à la gare. » Max, 26 ans, jeune salarié au sein d’une association d’éducation populaire, dresse le même constat : « Je ne sors jamais dans ce quartier, si ce n’est pour faire mes courses au ED, situé à côté de chez moi boulevard Clemenceau. »
« C’est un quartier de personnes âgées au sein duquel peu de choses sont pensées pour les jeunes », confirme Claudine Costiou, animatrice de la commission Ensemble et Solidaire au sein du conseil de quartier. Cet espace compte deux maisons de quartier, celle de la Binquenais et celle de Sainte-Thérèse ainsi que le Cercle Paul-Bert Ginguené, « mais les jeunes du quartier les fréquentent très peu », observe Silvère Lebreton, éducateur spécialisé du Relais. Même lorsqu’il s’agit de faire du sport, Xavier ne met jamais les pieds dans la maison de quartier Sainte-Thérèse, pourtant située dans sa rue, mais se rend au nord de Rennes, aux Gayeulles. Claudine regrette l’absence totale des 18-25 ans au sein du conseil de quartier : « Ce n’est pas à travers la commission que l’on parviendra à mobiliser les jeunes. Il faut leur proposer des projets concrets. C’est pourquoi, nous voulons organiser un concert de musiques actuelles sur la future place Jacques-Cartier. »