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Dossier
#40
Les trois leviers
de la création à Rennes
RÉSUMÉ > En décidant de s’intéresser à la création contemporaine à Rennes, Place Publique a exploré trois dimensions qui se sont progressivement imposées au cours des rencontres et des réflexions. La question des lieux propices à cette création, surtout lorsqu’ils sont pilotés par des collectifs ou des associations sans cesse renouvelés par la jeunesse de la ville. La place du numérique, qui devient une sorte de marqueur local, sans doute à encourager. Et la manière d’accompagner cette effervescence, à l’équilibre économique souvent fragile. Trois pistes, qui pourraient, demain, se transformer en leviers pour que la création s’empare de la ville.

     C’est une anecdote qui a sans doute comblé d’aise ceux qui l’ont entendu : à son arrivée à Rennes, il y a un an, la nouvelle directrice de la culture de la ville et de la métropole aurait confié avoir été frappée par l’effervescence créative du territoire, qui n’était pas sans lui rappeler ce qu’elle avait connu, quelques années plus tôt, à… Berlin ! La comparaison, évidemment, est flatteuse pour la capitale bretonne. Est-elle pour autant justifiée ? On chercherait en vain dans les zones industrielles de la ville un quelconque Kreuzberg, l’emblématique quartier de la contre-culture berlinoise. Et pourtant, à y regarder de plus près, Rennes partage avec la mégapole allemande quelques traits distinctifs qui permettent d’esquisser un début de convergence : la grande jeunesse de la ville, son sens de la fête, le croisement, aussi, de nombreux réseaux culturels interconnectés. Pour tenter de savoir si Rennes était toujours un terreau favorable à la création – dans un néo-langage techno-communicant, certains parlent même de « ville des émergences » à son endroit –, Place Publique a suivi trois pistes en forme d’interrogations, qui fournissent chacune une part de réponse. Quels sont les lieux de cette création ? Le numérique est-il un dénominateur commun à Rennes ? L’accompagnement local est-il propice à l’émergence des talents ?

     Un lieu c’est, par définition, une adresse que l’on trouve sur une carte. Plus ou moins facilement, toutefois. Voici l’un des enseignements de ce dossier : il existe à Rennes une multitude d’endroits, connus ou plus confidentiels, au sein desquels se développe une pratique créative originale et foisonnante. On pense évidemment, dans cette ville qui cultive la nostalgie de ses années rock, au Jardin moderne, dans la zone industrielle de la route de Lorient, pour ses expérimentations autour des musiques actuelles. Ou encore aux Ateliers du Vent, qui s’apprêtent à faire peau neuve à la Courrouze, dans un environnement urbain en mutation accélérée. Mais connaissez-vous l’Atelier d’Aran ? On ne vous en donnera pas l’adresse, car elle se transmet entre initiés, mais c’est une cour pleine de miracles visuels et sonores. Toutefois, le lieu qui cherche aujourd’hui sans doute le mieux à incarner cette « émergence créative » se trouve en cœur de ville, au sein d’un austère bâtiment très IIIe République : la fac Pasteur, sur les quais. Rebaptisé Hôtel à projets, cet espace accueille en toute liberté de belles expérimentations un brin utopiques, dans la veine de l’Université foraine imaginée par Patrick Bouchain. Pour Place Publique, l’architecte revient longuement sur cette expérience.