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Histoire & Patrimoine
#08
Hyacinthe Perrin
La plénitude d’une longue carrière
RÉSUMÉ > Hyacinthe Perrin (1877-1965) est connu à Rennes comme l’architecte de l’église Sainte-Thérése, mais on lui doit bien d’autres édifices: des hôtels particuliers, des maisons, des immeubles, d’autres bâtiments religieux. Installé dans cette ville, dès 1906, il y reste en activité jusque dans les années 60 et marque ainsi durablement le paysage rennais, d’autant plus que son fils et aujourd’hui son petit-fils ont pris le relais.

     Fils de notaire, né à Louvigné-du-Désert, Hyacinthe Perrin entre à 21 ans à l’école des beaux-arts de Paris dans l’atelier de Julien Guadet et d’Edmond Paulin. Doué pour le dessin et la peinture, il expose des toiles au salon des artistes français, où il obtient plusieurs prix. En 1906, son diplôme d’architecte en poche, il s’installe à Rennes, en rachetant le cabinet de l’architecte Louis Crespel, située rue Jules-Simon. Prudent il possède également une petite agence à Paris (rue Mazet, dans le 6e arrondissement) qu’il conserve probablement jusqu’en 1914.

Une maison-atelier symbole de réussite précoce

     En 1911, il installe ses bureaux rennais, dans la maison qu’il s’est fait construire à l’angle des rues Lesage et La Borderie, à l’entrée du quartier Sévigné, alors en plein développement. Moderne, teintée d’Art nouveau, tout en empruntant à la bretonnité, elle fait l’objet d’une monographie dans la célèbre revue parisienne de Raguenet2. Dans cette parcelle difficile en V, il aligne sur les deux rues les bâtiments (son agence rue La Borderie, sa demeure rue Lesage) qui enserrent ainsi un agréable petit jardin. La cage d’escalier traitée en tourelle hors-oeuvre, côté jardin, est habillée d’un vitrail. Le couloir conduisant à celle-ci est garni de mosaïques d’Odorico qui évoquent, devant la cheminée, la fable de la Fontaine, Le singe et le rat.
     Cette belle réussite architecturale lui ouvre les portes d’une clientèle aisée qui cherche à s’implanter autour du Thabor. Ainsi il réalise, peu après, deux hôtels particuliers, l’hôtel Dalibot, rue de la Palestine (1912), où l’architecte s’amuse avec les différentes toitures en ardoise (tourelle d’escalier, lucarnes, marquise, clôture), et l’hôtel Verheylewegen, rue Pointeau-du-Ronceray (1914), malheureusement détruit en 1958. Dans la même période, la maison du docteur Huchet, au décor néoclassique inhabituel pour l’architecte (1910, rue Salomon de Brosse) et les demeures mitoyennes, en briques et pierres blanches du quai de la Prévalaye (1913), méritent d’être signalées.

Des réalisations dans tous les domaines

     Ses premières commandes, cependant, viennent du nord du département : de son père, tout d’abord, dont il transforme une villa (les Rochelettes) à Saint-Malo. Puis toujours dans cette même ville, il construit trois autres demeures, entre 1907 et 1909. On connaît également de lui un dessin aquarellé3, Projet de villa sur la côte bretonne, qu’il ne réalise pas, mais dont il s’inspire plus tard, notamment pour la propriété Nicoul à Fougères (1921).
     Pendant la guerre, il est mobilisé comme architecte au camp de Saint-Cyr-Coëtquidan, ce qui ne l’empêche pas d’ouvrir un cabinet à Saint-Quentin (Aisne).
     Après la guerre il travaille sur les monuments aux morts de Laval et de Louvigné-du-Désert et se lance dans des programmes sociaux comme la cité ouvrière de la cristallerie Fougeraise (1922) et la cité jardin, dite Foyer rennais, à Rennes (1922-1925). Cette dernière lui laisse un goût amer car les travaux, démarrés sous sa direction, sont arrêtés faute d’argent et repris de manière radicalement différente, quelques années plus tard par Emmanuel Le Ray, l’architecte municipal.
     Il ne délaisse pas non plus le domaine industriel et réalise notamment, à Rennes, l’usine de confection Brohan (1927) sur le mail, un bâtiment couronné par une ligne de faîte chantournée formant fronton qui a trouvé récemment une affectation nouvelle, mais aussi l’usine de chaussures Besnard (1950, rue Duhamel), judicieusement transformée en logements de nos jours.

L’architecture religieuse, une place à part?

     C’est certainement dans le domaine religieux qu’il va donner la pleine mesure de son talent. Dès 1921, il construit le clocher-porche de l’église de la Chapelle-de- Brain, puis, à la demande de la famille Oberthür, la chapelle Saint-Genou, à Monterfil (1926). Montrant qu’il sait tout faire, il dessine le maître-autel de l’église de Saint-Séglin, restaure l’église du Grand-Fougeray et construit le clocher de l’église de Cancale (entre 1926 et 1930).
     Aussi, après leur retour à Rennes en 1920, les Carmélites font-elles confiance à Hyacinthe Perrin pour l’édification de leur nouveau couvent, rue d’Antrain (1934-1935). Avec son clocher ajouré, aspecté sur l’avenue Patton, ce dernier ne passe pas inaperçu dans le paysage du quartier.
     Mais sa plus belle réussite est certainement l’église Sainte-Thérèse de Rennes. Au début du 20e siècle, la ville s’étendant du côté sud de la voie de chemin de fer, l’évêché crée deux nouvelles paroisses dans ce secteur. Si Arthur Regnault – « l’homme aux 70 églises dans notre département » – construit l’église des Sacrés-Coeurs (1911), il est trop âgé en 1932 (l’année de son décès), lorsque la paroisse de Sainte-Thérése décide la réalisation d’un édifice important, à la fois église paroissiale et église de pèlerinage. Perrin propose un sanctuaire à plan centré, seul point commun avec Regnault. Il choisit des formes géométriques aux angles marqués et utilise des matériaux modernes (comme le béton) pour élever un clocher à 60 m de haut. Il ne se contente pas de donner les plans du bâtiment, il dessine également le mobilier : les autels, la chaire et les statues pour le sculpteur Bourget; les stalles pour le menuisier Rual; et même certains motifs des mosaïques (ceux du choeur et peut-être celui du pavement central) pour Isidore Odorico.
     En 1953, il a encore l’occasion d’user de son talent à l’église Sainte-Jeanne d’Arc à Rennes. Commencé par Regnault de 1914 à 1924, mais resté inachevé, l’édifice est terminé par Perrin qui, tout en imposant son propre style, réussit à intégrer la partie de son prédécesseur sans la dénaturer. Deux styles très différents s’assemblent ainsi composant un édifice de caractère, original dans le paysage rennais.

L’aquarelle, une passion jamais éteinte

     En plus de ses réalisations architecturales, il continue de pratiquer la peinture et le dessin pendant ses loisirs, et plusieurs oeuvres de qualité attestent de son savoir-faire dans ce domaine. François Perrin, petit fils de l’architecte, a recensé plus d’une quarantaine d’oeuvres réalisées par son grand-père entre 1897 et 1960 et encore en possession de ses descendants. Les thèmes abordés par l’artiste sont variés : on y trouve les travaux à l’école des beaux-arts bien sûr, mais aussi des vues de paysages autour de Louvigné-du-Désert, de Saint-Malo, et de nombreuses représentations architecturales (la chapelle de Lillion à Rennes, le château de Fougères, l’église de Saint-Suliac). Une Vue du vieux Laval rappelle qu’il a épousé la fille d’un notaire de cette ville, Marie Gascoin, en 1906.
     Après la Seconde Guerre mondiale, son activité d’architecte se ralentit et s’il continue à travailler pour l’Église (il construit par exemple le foyer Saint-Benoît Labre, à Rennes), il privilégie dorénavant l’aquarelle, notamment autour de la villa qu’il a acquise à Saint-Suliac. Le 17 juin 1958, il est promu chevalier de l’ordre pontifical de Saint- Sylvestre en la chapelle du Carmel, à Rennes, « en raison de son dévouement et des nombreux travaux effectués pour l’Église ». Il y décède, le 10 août 1965, et est enterré au cimetière du Nord.

     Yves, l’un de ses neuf enfants, ouvre son propre cabinet d’architecture, dès 1948, à Rennes, après avoir suivi le même cursus parisien que son père : on lui doit, à Rennes, les églises « alvéolaires » (Saint-Marcel, Saint-Benoît et Saint-Marc), les églises Saint-Yves, Saint-Clément et Saint-Laurent, la cité ouvrière Oberthür (près du parc du même nom).
     Aujourd’hui, Hervé, petit fils d’Hyacinthe Perrin, continue de promouvoir le nom familial dans le domaine de l’architecture. Si celui-ci est présent, depuis de nombreuses années, dans les circuits de visite du service Métropole d’art et d’histoire de l’Office de tourisme, notamment avec l’église Sainte-Thérèse, il a fait dernièrement l’objet d’une conférence et d’une exposition, afin de mieux faire connaître cet architecte de talent, à qui la ville de Rennes a rendu hommage, en juillet 2007, en lui attribuant le nom d’une place, devant de l’église Sainte-Thérèse.